Paul Dupré-Lafon / Designer entre traditionalisme et modernité

Le designer Paul Dupré-Lafon est né à Marseille le 17 juin 1900 et débute sa carrière artistique à l’école des Beaux-arts de Marseille. En 1923, une fois diplômé en architecture et décoration il s’établie à Paris comme architecte décorateur. Paul Dupré-Lafon évolue en pleine période Art déco. L’époque des années folles va être profitable au tout jeune décorateur. Cette période de foisonnement culturel et d’intense créativité, l’esprit de modernité ambiant ainsi que ses fréquentations avec un milieu aisé vont le conduire à avoir une production luxueuse, raffinée destinée à un public averti mais empreinte de l’air du temps. Les meubles du créateur sont fonctionnels et épurés aux volumes cubisants sans trop d’ornementation. Cependant, le décorateur aime utiliser des matières nobles et pousse la qualité de fabrication de ses productions.

Le décorateur des millionaires

 

Le designer se fait le lien entre les tendances traditionalistes et modernistes de l’art déco. Il aime opposer des matériaux luxueux tel que des bois précieux, du bronze et d’autres moins nobles comme du laiton, des bois brut.

 

En 1929, il va être chargé de la décoration d’un hôtel particulier, rue Rembrandt. Ce chantier est l’un des plus importants chantiers privés qu’il se verra confier au cours de sa carrière. L’intérieur est aménagé de manière fonctionnelle, clair sans trop de superflu ni d’ornementation mais les matières nobles comme les bois précieux ou encore le cuir sont présents pour cette clientèle désireuse de luxe. Comme beaucoup des décorateurs Paul Dupré Lafon est aussi ensemblier,il traite ses chantiers dans leur intégralité et travaille les volumes comme un tout. 1929 est également le début de sa collaboration avec Hermès.

 

L’exposition de 1925, avènement de l’art déco et la crise de 1930 vont avoir un impact sur ce mouvement. L’opposition entre le traditionalisme et le fonctionnalisme se fait de plus en plus ressentir. La première tendance, manifestation des utopies du grand siècle de l’ébénisterie française s’essouffle. Tout d’abord, l’élite française se tourne vers la seconde tendance synonyme pour eux de réelle révolution artistique. Ensuite, la crise financière des années 1930 sonne la fin des années folles mais également de cette clientèle fortunée du traditionalisme. Enfin, en 1930, la mort de Ruhlmann, figure emblématique de ce mouvement, apparait comme un signe et marque la fin d’une époque. Pourtant, Dupré-Lafon garde une création cohérente entre tradition et modernité.Seul, la rare qualité d’exécution et les matériaux employés rappelle la signature des traditionalistes.

 

En abordant les chantiers dans leur ensemble et en se détachant du meuble en soi, Paul Dupré-Lafon offre une vision plus moderne. De la même manière, le décorateur ne se laisse pas totalement absorber par le fonctionnalisme et continue de travailler sur les matières précieuses. C’est ce travail à mi-chemin entre les deux tendances principales de l’Art déco qui lui auront permis de perdurer. Ainsi, en 1938, il investit un second chantier avenue Foch. Lors de la seconde guerre mondiale, Paul Dupré-Lafon est mobilisé, il ne reprendra son activité qu’après l’armistice. Les années 1950 sont très prolifiques pour l’artiste, les commandes se multiplient pour des villas, des bureaux, des magasins. Hermès édite son valet de nuit. Après une période d’activité réduite dans les années 1960, le décorateur réalisera son dernier grand chantier, une villa à Deauville. Il meurt en 1971 d’une crise cardiaque. Paul Dupré-Lafon reste à ce jour l’un des grands créateurs de l’Art déco.