Jacques-Emile Ruhlmann / Décorateur Ensemblier

Jacques-Emile Ruhlmann débute sa carrière de décorateur en 1913 dans l’entreprise familiale. Pour s’opposer à l’Art nouveau, il utilise des bois de placage foncés. Ses contemporains trouvent en cela une inspiration d’outre-Rhin, notamment avec le Werkbund munichois, qui en ce temps de guerre est très peu plébiscité. Entre 1919 et 1928 il s’associe à Pierre Laurent. Ils travaillent notamment pour le théâtre des Champs-Elysées, la Banque de France ou encore le Bon Marché. En 1919, il expose sa première oeuvre, le Meuble au Char.

Très vite, la réputation de Ruhlmann s’assied dans la production de meubles et les critiques préféreront désormais l’associer à la grande tradition de l’ébénisterie française du XVIIIe siècle plutôt qu’à la production bavaroise. Sa réputation s’ancre de manière profonde sur la scène internationale grâce à l’Exposition universelle des arts décoratifs et de l’industrie de 1925, et la mise en place du « Pavillon du collectionneur ».

C’est à cette date que le style Ruhlmann s’impose et que celui-ci va jouer un rôle prépondérant dans l’essor du travail d’ensemblier. Ruhlmann fait partie de ses jeunes créateurs qui, à l’issue de la Première Guerre mondiale, souhaitent s’affranchir de la production du XIXe siècle et de l’avant-guerre et mettre en avant la tradition, le retour au classicisme et à l’ordre. Car, contrairement aux ébénistes du siècle précédent, la nouvelle génération peut s’inspirer des modèles du XVIIIe siècle sans que leurs productions soient taxées de copies. C’est pour eux l’occasion de moderniser cette source d’inspiration qui rappelle l’époque où la France dominait la production de meubles et était le reflet d’une société de bon goût. C’est son goût pour cette tradition de l’ébénisterie française qui l’a poussé Ruhlmann tout comme ses prédécesseurs, à se tourner vers une production de grande qualité tant au niveau technique qu’au niveau des matériaux employés.

En 1929, avec la scission entre l’union des Artistes décorateurs et la société des Artistes modernes, le public se rend compte que Ruhlmann peut être à la fois traditionnel et moderne. Dès 1927, il adjoint à ses productions de bois le métal, afin de solidifier la structure.

Vers la fin de sa carrière, l’artiste s’intéresse à la production en série. En effet, pour lui, il est fondamental de commencer par une production élitiste afin d’ancrer une mode, un style, pour qu’ensuite celui-ci soit accessible au plus grand nombre par la production de masse. Il se tournera vers le métal, mais tentera également de réfléchir autour du bois en s’inspirant du mobilier régional du XVIIIe siècle. « Rendez-vous des pécheurs de truites », datant de 1932 en est le parfait exemple.

Pour aller plus loin

 "Ruhlmann" par Florence Camard au édition Monelle Hayot

Où découvrir des oeuvres de l’artiste ?

Musée des arts décoratifs, Paris

Musée des années 30, Boulogne Billancourt