Gina Pane / Le corps comme support

Gina Pane était l’une des fondatrices de l’art corporel, née à Biarritz en 1939 et morte à Paris en 1990. Elle était l’une des seules artistes corporelles des années 70 et utilisait son corps de manière extrême afin de revendiquer le caractère universel de ses réflexions en flirtant avec le sacré.

Ses actions, le plus souvent réalisées devant des spectateurs et minutieusement préparées, avaient pour but de montrer que les traces indélébiles que le corps peut supporter prouvent sa véritable essence, celle de la mémoire.

Pour elle, le corps est « le coeur irréductible de l’être humain, sa partie la plus fragile. Il en a toujours été ainsi, sous tous les régimes et à tous les moments de l’Histoire. Et la blessure est la mémoire du corps : elle représente sa fragilité, sa douleur, donc sa véritable existence »

La trace est comparable au zéro ou à l’infini, on ne sait par quel bout la prendre – sa projection la plus concrète et perceptible est celle inscrite dans la terre, la pierre (…)
L’autre trace, la sécrétion de mon corps de femme et ses puissances internes comme le sang menstruel, la règle de mon corps- sa mesure le lait, la nourriture de la chair trace de ma chair : l’enfant.
Cette fente que j’incise sur ma peau avec une lame de rasoir mémorise cette double trace. La cicatrice qui en résulte donne la mémoire du corps par la douleur qui le préserve de sa destruction et par le temps vécu qui lui donne sa dimension.
— Gina Pane